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Comprendre pour aider

J'oublie parfois de quoi souffre l'enfant que j'accompagne.

Je minimise aussi un peu, beaucoup...

Pourquoi ? Sans doute pour me protéger, pour éviter de me décourager, de m'énerver, de jeter l'éponge.

L'enfant est là, les parents derrière lui (du moins j'aime le penser) et je ne peux pas, je ne dois pas renoncer.

J'aimerais faire davantage mais j'ai peur de me retrouver encore plus isolé que je ne le suis déjà, et pour quel résultat ?

Finalement ce n'est la faute de personne. C'est juste le système mis en place qui empêche la dynamique de démarrer...

Cela pourrait commencer par s e n s i b i l i s e r .

Ce mot est beau non ?

Pour que chacun devienne - sensible - aux difficultés pratiques de l'élève qui est assis à côté de moi dans cette classe où tout le monde s'affère "comme si de rien n'était".

Marine et sa vision du TDA/H (Témoignage sur www.tdah.be)Qui sait vraiment ici que l'enfant assis juste là, a des problèmes pour lire, pour écrire, pour compter sans l'aide de ses doigts, pour comprendre les consignes, pour se concentrer, pour rester calme, pour ne pas prendre la parole de manière inappropriée, ..., ?

L'indifférence normalise quelque part l'inclusion au point que j'en viens à me demander si ma présence sert à quelque chose. Pourtant je connais la réponse:

 

Oui ma présence est utile, la mienne et celle de mes collègues AESH.

 

Quand je regarde l'enfant que j'accompagne et qu'il essaye de suivre le cours tant bien que mal, quand je l'entends me demander de l'aide, je sais que je suis utile. On est quelquefois "largué" lui et moi mais on s'accroche.

Parfois il décroche, et moi, je peste en silence : " mince alors on était pas loin..." On va réessayer encore et encore à un autre moment, un autre jour pour ne pas se faire - trop - distancer, pour continuer à y croire encore un peu au moins.

Je ne sais à qui m'adresser pour dire que je n'y arrive pas. À cette admirable professeure qui se démène comme un "beau diable" au milieu de 30 élèves, essayant de capter leur attention comme elle le peut, jonglant avec les questions des uns, les bavardages des autres, les oublies de cahiers, les "madame, j'ai pas compris" et j'en oublie ?

"Madame, excusez-moi, mon élève ne peut pas suivre. Vous pouvez arrêter le cours le temps nécessaire, s'il vous plait ? "

Soyons sérieux, ça ne peut pas marcher comme ça.

Il faudrait des objectifs que nous puissions atteindre, partir de ce que l'élève sait faire pour aller vers ce que l'élève peut véritablement réaliser quitte à ajuster la démarche au fil de sa progression.

 

"Chaque enfant peut apprendre quel que soit son profil, le tout est de définir comment et dans quelle proportion. "

 

Si nous prenons conscience, toutes et tous, des difficultés que l'élève en inclusion doit surmonter au quotidien pour tenter de s'acquitter des tâches scolaires dans le cadre qui lui est imposé, alors il y a de grandes chances pour que nous ne puissions plus supporter notre inaction.

 

Je terminerai avec quelques témoignages d'enfants... .

" Le cerveau c’est comme une commode : rempli de tiroirs dans lesquels sont rangées les informations qu’on apprend. Chaque tiroir a une étiquette pour que l’on sache qu’est-ce qu’il y a à l’intérieur et qu’on puisse le ressortir quand on en a besoin. Hé ben chez moi, y a eu un grand coup de vent et toutes les étiquettes sont mélangées, les informations je les ai, je sais juste plus trop où les retrouver !" Marine et sa vision du TDA/H (Témoignage sur www.tdah.be)

 

“ Parfois, quand je lis, j’invente un mot, mais je sais très bien que c’est pas le bon mot et les autres se moquent de moi… „Diego, 10 ans, dyslexique

 

“Paul, 4 ans, dysphasique, invite un petit copain à jouer chez lui. L’après-midi s’écoule calmement et les jeux se succèdent. Tout à coup, Paul interpelle son ami et lui dit : « Mer sal ô. » Son copain étonné, réplique : « Arrête de dire des vilains mots ! » Paul, tout aussi étonné de cette réaction, se tait et reprend son activité. En fait, Paul tout heureux de bientôt partir en vacances, voulait simplement dire qu’il allait à la mer, jouer dans le sable et l’eau (d’où, mer-sable-eau). " (Témoignage – www.apead.be)

 

“En classe, tous mes amis écrivaient vite, sans se poser de question. Moi, souvent, je n’avais pas envie d’aller à l’école, car je savais qu’on allait beaucoup écrire et parfois aussi dessiner. J’avais envie d’avoir une autre main pour que ce ne soit pas si difficile tous les jours, car même quand je fais des efforts, je n’y arrive pas et souvent ça me fait mal… "

Julie, 14 ans dysgraphique

 

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