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L'Abécédaire, lettre I

 

 Inclusion                              Impossible                            Invisible (MàJ 22/06)

 

Inclusion

 

Je suis assis à côté de Tom (nous l'appellerons ainsi pour l'occasion), élève de 6e, nous sommes en cours de Français. La professeur distribue un document à chaque enfant et donne les consignes. Il s’agit d’adjectif, d’épithète, d’attribut. Tom, l’air dubitatif, jette un œil sur la copie que l’enseignante vient de lui remettre.

Puis celle-ci s’approche et lui dit « Tom, je te propose de me trouver les adjectifs dans ce texte. Tu les soulignes et tu regardes si on peut les enlever sans changer le sens de la phrase. Tu es d’accord ? » L’enfant répond positivement puis, dès que la professeur s’est éloignée, en souriant il me dit «  C’est Facile ! ».

Ou comment se donner du courage…

Je lui demande de me citer un exemple d’adjectif pour me rassurer et le laisse en autonomie, avec sa feuille d’exercices et son crayon gris. De son doigt il parcourt le texte s’arrêtant de temps à autre pour souligner ce qu’il pense être une bonne réponse. Je le regarde sans rien dire, sans intervenir. Il n’y a aucun risque à le laisser se tromper.

D’ailleurs il ne s’en tire pas trop mal. Tellement que je décide d’aller plus loin. « Tom, tu te sens capables de classer ces adjectifs en deux catégories « Attribut : Épithète ? ». J’improvise une petite carte mentale sur un bout de papier avec deux définitions et quelques exemples et voilà notre petit Tom qui s’engage, un peu plus, sur les chemins sinueux de la grammaire française.

Cette petite anecdote est un exemple de ce que peut être une séquence d’inclusion réussie (à mon sens).

Malheureusement, c’est presque une exception. La plupart du temps les choses ne se passent aussi bien. Tout dépend des besoins de l’élève, de sa motivation, de la notion proposée, de l’implication du professeur, du climat dans la classe et de la bonne volonté de l’accompagnant.

Parfois, suivre le cours est un véritable exploit pour l’enfant.

Un élève qui, par exemple, a du mal à lire aura du mal à comprendre le sens des phrases, du texte. Il lui faudra du temps, des reformulations, des adaptations de vocabulaire et de consignes.

Pendant ce temps, la classe n’attends pas…

Même si d’autres élèves en difficultés, pour d’autres raisons, ralentissent quelquefois la classe (merci à eux !), cela ne suffit pas toujours pour que l’enfant aux besoins particuliers rattrape son retard. Et lui il se fatigue à essayer … .

La plupart du temps, le petit se rend bien compte qu’il est plus lent que les autres.

Cela peut le démoraliser de voir ses camarades avancer sans lui. Il comprend alors qu’il n’est pas à la hauteur et il pense – à tort - qu’il est le seul responsable de cet échec.

Certains s’accrochent parce qu’ils ont une autre motivation qui dépasse le simple fait de réussir: les copains.

Un élève en inclusion qui a des potes dans la classe est souvent très heureux d’être là. Car l’inclusion n’est pas seulement une affaire d’apprentissages scolaires c’est aussi la place que l’élève va pouvoir obtenir au sein du groupe. Et lorsque ce dernier se sent bien dans la classe, la motivation devient plus forte.

Malheureusement on ne travaille pas vraiment l’intégration dans le groupe. On laisse les choses se faire ou pas, intervenant surtout lorsqu’il y a des problèmes relationnels entre l’enfant inclus et les autres élèves.

Pourtant, veiller à ce que l’enfant soit mieux accepté par ses pairs aura, de toute évidence, des répercussions positives sur son apprentissage.

 

 

Impossible

"Tout le monde croyait que c'était impossible. Il est arrivé une personne qui ne le savait pas et qui l'a fait."

Les enfants ont cette capacité déconcertante et magique à réaliser ce que nous adultes nous pensons parfois irréalisables. Car ce que nous voyons bien souvent ce n'est pas ce qui est possible mais d'abord tout ce qui nous empêche d'agir.

Ce petit court métrage très émouvant nous montre la volonté et l'énergie qu'un enfant peut déployer pour essayer de changer les choses... .

 

Invisible

Si tu veux aller vite, tu ne peux pas t'encombrer de personnes qui risquent de te ralentir.

La société veut aller vite, très vite alors elle fait mine de composer avec les vieux, les malades, les handicapés, les fragiles, les lents, les différents,... .

Mais en vérité la société n'en veut pas.

Elle s'arrange alors avec les mots, enveloppés dans des discours bienveillants, des aides par ci, par là, des avantages, des compensations diverses et variées.

Notre société ne peut pas reconnaitre que ces populations n'ont pas leurs places dans le modèle qui est le sien. Ce n'est pas entendable, ce n'est pas avouable !

Alors nos gouvernants, les uns après les autres, bricolent des mesures, des lois pour tenter de bâtir une société plus inclusive ou chacun aurait sa place.

C'est beau...

Sauf que ça ne fonctionne pas. Dans la vrai vie, pas celle que l'on nous raconte dans les meeting politiques, chacun peut se confronter aux difficultés qui découlent de cette fausse inclusion que l'on nous propose.

Dans les milieux des gens d'en bas, nous sommes toutes et tous au courant de la supercherie.

On sait la vérité parce qu'on la vit au quotidien. Quelle est cette vérité ?

Passer un certain âge, il est difficile voire impossible de trouver du travail, t'es trop lent, trop vite fatigué, trop souvent malade, trop vulnérable, du moins c'est ce que l'on te reproche.

Quand tu est porteur d'un handicap tu galères pour obtenir un emploi qualifié car les places sont chères et il y a de fortes chances pour que tu te retrouves, au mieux, à ranger des cartons au fond d'une réserve ou tu croiseras le moins possible de monde ou dans un ESAT.

Sauf si tu tombes dans un café joyeux.

À l'école, il y a de la place pour les enfants handicapés, oui, et de plus en plus, mais attention, cela ne signifie pas pour autant que l'école s'adapte au handicap. C'est bien souvent à l'élève de s'adapter aux contenus pédagogiques, à l'aménagement de la classe, au planning, au groupe,... .

Si je résume, pour toutes les catégories de population qui ralentissent la bonne marche de la société de consommation et de compétition dans laquelle nous vivons, inclusion = s'adapter .

Ne montre pas que t'es trop vieux, trop fatigué, trop lent, trop handicapé, trop différent, et là, ça peut marcher... au moins un temps.

Invisibilisons tout ce qui pourrait nuire à la bonne marche de la société et tout ira mieux...

ou pas.

 

+ d'infos

https://inegalites.fr/Le-handicap-multiplie-par-trois-le-risque-de-discrimination-au-travail

https://inegalites.fr/Les-handicapes-sont-plus-souvent-ouvriers-ou-employes

https://inegalites.fr/Le-handicap-expose-a-la-pauvrete-et-aux-bas-niveaux-de-vie

 

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